The Artist et La jungle

Bon! Je crois que je n'ai plus besoin de présentation:)

Dans cette deuxième chronique, je vais traiter, d’une part, du roman La jungle d'Upton Sinclair, un classique américain, et, d’autre part, du film The Artist. Je vais tenter de dresser un parallèle entre ces deux œuvres qui se situent au début du vingtième siècle.

Sinclair traite de l'industrialisation, de ces énormes usines d'abattage dans une ville, Chicago. Il décrit la misère des immigrants qui croient trouver des rues pavées d'or et qui investissent toutes leurs économies dans l'achat frauduleux d'une maison. L’auteur décrit très bien la mécanisation du travail : la façon dont on se sert de toutes les parties de l’animal dans la boucherie, c'est écœurant! Après la lecture de ce roman, on pourrait comprendre qu'on devienne végétarien. Plus les jours passent, plus ils descendent vers les bas-fonds et plus la vie est difficile pour les immigrants.

 

The Artist subit aussi une longue descente vers les bas-fonds, celle d'un acteur vedette du cinéma muet américain. Le film est moins émouvant que le roman La jungle. On a perdu l'habitude du cinéma muet et, tant qu'à y être, j'aurais aimé que la musique soit interprétée en direct par un pianiste. À cette époque, je ne suis pas persuadé que la famille d'immigrants avait les moyens d'aller au cinéma. Or, l'artiste comptait sur eux pour redorer son blason, ce public était toute à sa survie. Pour cette œuvre, on a fait le choix du noir et blanc, un choix artistique qui se défend puisqu’on désire montrer le cinéma du temps. Je n'ai pu m'empêcher de penser au comédien Douglas Fairbanks

 

Contrairement à la famille de La jungle, le personnage de The Artist vit dans le luxe qu'il perdra dans sa descente aux enfers causée par l'apparition du cinéma parlant. Ce n’est pas un grand film, c'est un film de gros plans sur des sourcils et des dents. Peut-on dire du cinéma muet qu'il est expressionniste? Je crois, par contre, que le roman La jungle est réaliste, car tant de malheur n'est possible que dans la réalité. Ne dit-on pas que la réalité dépasse la fiction? Au début du siècle, les films se produisaient dans d'énormes studios, c'était une autre sorte d'abattoir où on pouvait remplacer la vedette de l'heure quand le public demandait de la chair fraîche.

Si on regarde l’angle de la santé mentale, l'alcoolisme est présent dans ces deux univers : l'artiste déchu versus l'ouvrier prolétaire qui n'arrive pas à garder son travail. Le suicide aussi les guette tous les deux : ceux-ci n'en peuvent plus de voir le malheur s'abattre sur eux. Le cinéma du début du vingtième siècle était là pour distraire l'ouvrier de son travail à la chaîne répétitif et monotone. On pouvait regarder au grand écran un malheur plus grand que le sien et se dire que même l'aristocratie y goûtait.

  

Pour tout vous dire, le roman La jungle m'a beaucoup plu. C'est un grand roman qui décrit bien ce qu'ont été les États-Unis industriel, beaucoup plus que The Artist, malgré que le film reproduit bien ce qu'était le cinéma des années 1920. Les deux œuvres dont je vous parle sont évocatrices d'une certaine Amérique, celle de la lutte des ouvriers pour la syndicalisation. The Artist se termine sur un «two-step», tel un triomphe de l'individualisme, tout le contraire de La jungle qui s’achève avec le discours de la cause du citoyen socialiste, discours pour les souffrants et les prolétaires.

Je n'ai pu m'empêcher de me demander si la psychose n'est pas le résultat d'un certain socialisme?

The Artist dans les cinémas

La jungle de Upton Sinclair

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