La santé mentale des hommes: pas de problème?
15 juin 2011
Faire la vaisselle tout en restant masculin. Accompagner la petite dernière à son récital de ballet et performer au travail. Faire un gros salaire et assurer la sécurité de sa famille sans négliger de passer du temps avec elle : être un homme n’aura jamais été aussi compliqué et exigeant.
À l’occasion de la Fête des Pères, l'équipe du Centre d'études sur le stress humain (CESH) de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine lève le voile sur un sujet tabou: la détresse au masculin. Problèmes de santé mentales des hommes, société aux dictats paradoxaux et services d’aide inadaptés sont au nombre des sujets abordés dans la dernière parution du Mammouth Magazine, la publication officielle du CESH. Ce numéro spécial a été élaboré en collaboration avec la Fondation des maladies mentales du Québec et l’Association québécoise de prévention du suicide.
Sonia Lupien, directrice du CESH, s’inquiète du peu d’intérêt consacré à la situation éprouvante souvent réservée aux hommes:
«Il faut prendre le temps de s’arrêter et de s’interroger sur la détresse que vivent les hommes. Il faut le faire pour notre père, notre meilleur ami, notre conjoint et/ou notre fils.»
Exigeant des hommes qu’ils soient pourvoyeurs mais présents, forts mais sensibles; les normes sociales sont au nombre des facteurs qui permettent d’expliquer ou de comprendre ce désespoir masculin. Coincés au centre de ces exigences paradoxales, les hommes trouvent difficilement des repères et hésitent, malheureusement, à demander de l'aider ou à exprimer leur détresse.
«C'est commun, quand ça va mal, les femmes pleurent et les hommes nient. Il paraît donc important d'apprendre à reconnaître et respecter la détresse des hommes qui est différente, mais pas moins souffrante» - Sonia Lupien
Au-delà de leur désir réel de mettre fin à leur souffrance, les hommes craignent, avant tout, d’être jugés, que leur détresse soit faussement perçue comme de la faiblesse. Lorsqu’ils osent demander de l’aide, ils se buttent, trop souvent, à une offre de services inadaptée à leur besoin, à leur réalité. Selon Germain Dulac, sociologue spécialiste de la condition masculine et paternelle, 70% des hommes qui font une première démarche pour demander de l'aider, et qui ne reçoivent pas de réponse satisfaisante, abandonnent le processus. Il est donc comme primordial d’écouter leurs demandes et de décoder leurs appels à l’aide, souvent camouflés derrière de la colère, de l’agressivité et de la violence.
Cette situation est préoccupante et peut avoir de lourdes conséquences pour les hommes, mais aussi pour leur entourage. Voilà pourquoi il devient impératif que la société soit sensibilisée à la problématique de la détresse chez les hommes et qu’elle s’adapte, à son tour, aux réalités de «l’homme moderne».
Qu’ils soient machos, roses, d’affaires, cravatés, à la maison, déchus, accomplis, métro ou hubersexuels, aspirer socialement au rôle d’homme idéal n’aura jamais exigé autant de nuances. Parions qu’ils sont nombreux à regretter, silencieusement, l’époque où ils n’avaient… qu’à chasser le mammouth!
Catherine Dion
Agente d'information - relations médias
Service des communications
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